Un rève à dormir debout.

Et maintenant que j’y réfléchis,  il m’a bien semblé distinguer des ombres. Des individus étaient affalés dans les escaliers ainsi que dans les couloirs ; d’autres, debout, semblaient occupés par de prégnantes négociations et parfois m’interpellaient au passage. Puis la foule s’est faite plus dense, il devenait dur de circuler.

Ceux qui nous voulaient du mal se pressaient à nos côtés. Enfin nous sommes parvenus face à un soupirail. Par l’ouverture on distinguait une belle étendue verdoyante, avec quelques tombes au loin.  Nous parvenons sans peine à desceller les barreaux et nous précipitons au dehors. Il fait un temps magnifique, l’herbe d’un vert tendre tranche sur le ciel bleu. Il y a une gare au loin, il faut maintenant courir, il ne s’agit pas de manquer le train !

- Oui il faut vous dépêcher. Surtout ne pas manquer ce train..

J’entends une petite voix m’appeler au loin, mais il est trop tard pour se retourner, le train va fermer ses portes. Je me dirige en hate vers l’une des fenêtre, la petite fille en lévitation semble me chercher du regard. Rassuré, je cherche une place où m’asseoir… Voilà qu’il recommence à neiger. Une femme imposante pénètre dans le compartiment et tente de nouer conversation, mais je ne daigne pas tourner la tête. Puis c’est au tour de deux hommes à l’allure étrange et à l’air louche d’intégrer. Tout en entrant il font mine de m’ignorer, J’ai néanmoins le sentiment qu’ils adressent un signe de connivence à la femme. Le privé Il faut toujours se fier à ses intuitions. Quelque chose me dit que ces trois là ne sont pas des amis qui vous veulent du bien.

- Effectivement

un sentiment désagréable s’insinue bientôt dans mon esprit. Les trois passagers du compartiment conversent à voix basse. Puis on m’agrippe fermement les deux bras. Les autres se précipitent dehors tandis que je reste immobile. De longues minutes s’écoulent avant que l’étreinte ne se desserre – ma douce résignation les a probablement rassurés – le train s’est arrêté, on me fait descendre, puis s’ensuit une longue marche en rase campagne. Une humble chaumière se profile alors à l’horizon, une porte s’ouvre, on me pousse brusquement à l’intérieur. Une voix douce et persuasive m’invite à me délasser

-  Qui est-ce? Reconnaissez-vous cette voix?

Oui. Une voix qui vient du passé. Une voix qui pour parvenir jusqu’à moi a du traverser l’absence, le vide. Je suis désormais seul dans le logis familial. Il me semble retrouver des sensations familières, des repères, mais le souvenir est imprécis, peut-être ne suis-je jamais venu ici.. L’endroit en lui même a quelque chose de rassurant, je sens comme un poids sur son estomac et ma respiration se fait difficile, peut-être faudrait-il ouvrir une fenêtre. Ma mère s’affaire paisiblement derrière ses fourneaux, je prend plaisir à l’observer, j’écoute le modeste grésillement de la viande dans la marmite en fonte, sens les effluves, le mélange des sucs de la viande et de l’oignon, tandis ma mère maniant vivement la spatule déplace les morceaux, fssh fssh fhsssshh. L’eau me monte à ma bouche. Il y a ce babil de ma mère auquel je réponds d’une voix distraite, le balancement de mes jambes. Père n’est pas encore rentré de son travail qui l’accapare tant et personne ne s’en plaint.

82 – Je connais une maison sans combles aux limites imprécises. De trappes secrètes qui n’apparaissent qu’en rêve elle n’est pas dépourvue et de riches oubliettes la peuplent d’une vie qui s’ignore au quotidien. Sans élévation réelle, d’imprécis contours l’inscrivent dans une mémoire qui se sait collective. Elle est un temple non sanctifié, le siège d’une obscure littérature qui ne s’embarrasse pas de mobiles. Bâtisse de haute culture s’inscrivant dans une durée relative, où la causalité est souvent incertaine, une âme contradictoire l’habite et s’investit dans ses recoins, à la recherche d’elle même. Elle abrite d’inertes extensions de morts illustres qui se communiquent.

83 -  Berceau suprême des Temps anciens, Arbre à came. Opium des êtres contractuels. Carapace confuse des caractères. Carnaval, pantomime, simulacre de cordée, la solidarité n’est la plupart du temps qu’intérêt personnel ou collectif.

84 – Les sentiments posthumes ont  la démarche gauche, le charme empreinté. Une sombre caractériologie se dessine alors progressivement.

85 – Quand aux couleurs criardes de l’inconnu, elles ne sont pas avares du charme brutal, mais le pauvre et vrai joyau est partout…

86 – As-tu seulement remarqué l’ample verdeur de ceux qui ne se croient pas frères? et les soupirs attristés des morts en attente, sont-ils parvenus à tes oreilles ? Non. Alors ?

87 – Les os cirés vivaces ne touchent plus à l’arbre de naissance, Comme l’homme au trésor ne fait pas se courber les roseaux..  Ce qui n’est pas encore est ce qui est. Et nos amis les vivants se nourrissent de la vie des morts ; tu en conviendras.


Nietzsche est l’un des mirages de la pensée humaine

Je m’expliquerai sur cette question plus tard, Sensei.

Des souvenirs d’un autre temps qui ressurgissent comme ça , à l’improviste. Poursuivez je vous prie. Fermez les yeux et concentrez-vous, tachez de vous souvenir du moindre détail, dîtes moi ce que vous voyez. Je vois une manière de charmante saynète, dans laquelle différents individus campent d’incohérents personnages. L’ensemble se situe dans un extérieur contourné qui vous a comme des airs bucoliques..

Qui figure sur ces images ? Que figurent ces images?

Des experts en dilution, qui s’accrochent à de robustes canevas dont les mailles sautent aux yeux, tant l’intrigue en est lâche et le propos ténu. Car les vers ciselés ne sont pas le fruit de la décontraction du moi, cela se saurait depuis le temps. Ils entrent en existence à l’issue d’un mouvement centripète. Autrement ce serait trop simple.. Le jus concentré écarte pour des temps indéfinis tout remord et repentir à distance. L’orfèvre opère dans le silence qu’il s’efforce d’imposer à son âme bavarde.

Je ne sais pas, il faudrait que je retombe en transe pour répondre à mes interrogations muettes.
Mon frère ne s’appelle plus. Mon frère a de toute évidence changé de nom. Quant à moi, je n’existe plus. Mais j’ai l’assurance la plus absolue de m’avoir aperçu pas plus tard que cette semaine. J’errais dans les ruelles alentour, tel un malheureux, l’âme en berne.. Ce n’est pas un sourire que le doux frérot, l’ami, le poteau des mauvais jours a esquissé..

Com: N’oubliez jamais ce que je vais vous dire : Le hasard n’existe pas. Pas plus que le destin d’ailleurs. Un affreux rictus déformait ses traits. .. Mais c’était lui. Son visage avait changé, mais le regard était le même. Pour m’assurer, d’un geste je le saisis.

- Oui ?
- Alors je me réveille en sueur.
- Bien. Est-ce que vous le voyez maintenant ?
- Oui, il s’est rapproché, je peux maintenant sentir son odeur. C’est mon père. Je ressens. Je ressens maintenant ce que je croyais comprendre. Il a le même regard que mon frère, voilà, je ne m’en étais jamais aperçu.
- Bien concentrez-vous, nous avançons.  J’aimerais que vous fermiez les yeux. On sonne Attendez, il faut que j’aille ouvrir.

Tu n’es déjà plus le même. Sens-tu les regards qui se posent enfin sur toi. Sens-tu ce supplément d’être qui t’anime, te réveille, te fait te voir sous un jour nouveau. L’humain naturellement de la répétition du plaisir se lassera. A la réalisation d’un autre désir spontanément il passera. Dans le désir de ne plus désirer, sa foi il placera. Alors seulement du désir la source se tarira, Naturellement, de la simple existence il se contentera.

Le désir qui pousse en avant et nous réalise, le désir est la vibration secrète du cerveau, la portée sur laquelle s’échafaude et se construisent nos existences particulière et la grande symphonie de l’espèce. L’amélioration, le perfectionnement de soi passe par le désir. Dis moi ton désir et je te dirai qui tu es.

Les contrebandiers d’idées ne sont pas les bienvenus

63 – Il ergote sans faim au nom du moins pour le plus. Le magicien des mots est un contrebandier d’idées. De la même manière qu’il agit à plusieurs niveaux de langue, Le contributeur s’adresse aux différentes instance du moi. Il aime à converser avec l’inconscient car il connaît ses habitudes. Il cherche ses mots en quête de solutions, un chemin vers l’élucidation se construit.

64 – Tandis qu’il jette un pas en avant, parfois il patauge, ses pas ne le mènent pas où il souhaite, Il fait du surplace ;
parfois il n’avance que pour mieux reculer,  lui qui ne souhaite qu’aller de l’avant.

65 – Parfois il s’agit seulement de gagner du temps, Dans le meilleur des cas les protagonistes sont de bonne foi. Parfois il fait de la fausse monnaie.


La conscience tranquille

Charles s’endort la conscience tranquille, se projetant à l’infini ces douces scènes de bonheur. Mais voilà qu’obstacles et menaces font soudain leur nid en l’esprit du dormeur. Ce ne sont plus que catastrophes, drames supposés de la vie réelle, accidents en tous genre. Le malheur semble guetter ceux qui croisent en pensée la route de Charles. Lui bien sûr est toujours épargné comme il se doit, se contentant de s’agiter dans un demi sommeil. Le visage de Charles baille aux quatre vents, ses larmes forment de longs et fins ruisseaux, sur sa peau bistre. Un tendre sourire continue néanmoins d’éclairer sa face hagarde.
“Mort céleste, châtiment, châtiment, que mes cheveux se dressent sur ma tête si je mens, le vrai dieu m’éprouve et je ne suis plus sûr d’être digne de lui” crie-t-il son beau regard baigné de larmes dirigé vers le ciel. Sorte de Job inversé, le sens même de son existence se détraque et il se songe “porteur de mort”, quel saurait être la raison de sa présence en ces lieux sinon ?

73 – Outil de connaissance du soi ? Démembrement des états possibles du moi, aide mémoire de l’individualité pensante, mnémotechnie de l’initiation. Gagne pain de gitane, fabrique d’oracles à l’emporte pièce et trépasse, quêteurs de destinée incertaine. Quand la sentence tombe, des jambes flageolent, des doigts tremblotent, quelques sourires se crispent en de sombres oracles à l’allure incertaine.

74 – Quand les valeurs deviennent contradictoires, Quand l’aspiration à l’équilibre ne suffit plus, Quand le point d’harmonie, la précaire combinaison, Devient inaccessible même dans les rêves. Il faut savoir faire silence [pour s’accorder à nouveau].

Une sonnerie me tire du faux sommeil. Je sais que c’est le signal , mon repas est prêt. Comme le chien de Pavlov, je salive instinctivement. Je n’ai qu’à me rendre jusqu’au monte-plat dont j’ouvre machinalement la porte. La nourriture est bonne, on ne m’a jamais servi – pour autant que je m’en souvienne bien sûr – que des choses que j’aime. Des hommes masqués et vêtus de blanc viennent me chercher dans mon sommeil. Ils me bandent invariablement les yeux puis m’emmènent dans une salle immense, très haute de plafond, remplie de tout un ensemble de machines dévolues à l’entretien du corps. Ils ne me disent jamais un mot, se contentant de m’indiquer sans dire un mot le fonctionnement des appareils. Ils utilisent devant moi les machines en faisant des signes et me regardent alternativement, pour s’assurer que je comprends bien de quoi il s’agit.


La voiture de mes rêves

Confiant dans la symbiose entre corps et nature je ne consomme que ce qui est bon pour mon corps. Les résultats sont d’ailleurs toujours garantis, visibles et mesurables. Je me sens bien. Tout simplement. Ce qui est bon pour mon corps est bon pour moi. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Ceci est bon pour mon corps. Amen. Je suis désirable. Je ne suis pas encore bonne à jeter comme certaines qui négligent de soigner leur corps, leur esprit, leur harmonie intérieure. J’ai une valeur. Je suis zen.. et sexy à la fois. Oui on me désire encore, parce que je suis bien dans ma peau, et que ça se voit.. Grâce à la technologie moderne, il est désormais possible de retarder les effets du vieillissement. Nous savons maintenant utiliser le meilleur de la nature, tout en la respectant.

J’aime tes lignes tendues. Ton avant racé, le galbe musclé de ta carrosserie qui suggèrent force et dynamisme et expriment la quintessence de ton esprit sportif. Grâce à toi, je suis un homme nouveau, audacieux.  Tu me communique un peu de ta force. Parfois, j’aurais presque le désir de te faire l’amour, d’entrer en fusion avec toi. J’aime quand les autres hommes te regardent aussi.  Le noir profond de ta robe suggère le mystère, invitant à toutes les audaces. De la puissance, une puissance infinie se dégage de toi, à côté les autres ont l’air de petits roquets jappant de contentement, comme s’ils recherchaient notre protection. Grâce à toi, je les regarde de haut. Aucune limite à ton formidable appétit d’aventure, de découverte. Avec toi la passion est au rendez-vous.

Design élancé, courbes généreuses révélant ta personnalité affirmée, tu attire follement le regard des femmes comme dans une de ces publicités un peu mièvres, et un peu de ta gloire rejaillit sur moi. J’en suis conscient. Toi et moi c’est un peu comme si nous invitions au plaisir. Tel un cockpit, le poste de conduite m’est entièrement dédiée. Je me cale avec une mâle volupté dans tes sièges ergonomiques, idéalement ajustés à ma séduisante morphologie. Une fois le volant réglé en hauteur et en profondeur, mon confort est total, mon regard assuré. Les commandes se placent d’instinct sous mes doigts, sensibles à la moindre de mes fantaisies. je fais corps avec toi. Ensemble nous sommes prêts à vivre de nouvelles sensations de conduite. Je cède à l’envie irrésistible de prendre et reprendre la route. Grâce à toi, je laisse s’exprimer ma sensualité, mon animalité, je m’ouvre à l’autre, je l’explore. Grâce à ma virilité retrouvée je sais maintenant comment sortir de mon immobilisme.


trucs pour se rendormir

Mais de toute façon, je ne souhaite pas me rendormir, j’ai pensé à la mort. Du coup, toute les petites volitions, toutes les petites ambitions s’écroulent en pensée. Comme autant de châteaux de carte. Il est préférable de se faire un café. Balzac aimait beaucoup le café. C’est grâce au café que le grand Balzac, l’immense Balzac a accouché a posteriori et dans la douleur de la célèbre comédie humaine.

Balzac aimait tant le café qu’il lui a consacré un opus aux vertus excitantes selon certains. Balzac, qui n’a dit mot jusqu’à présent palpe d’un geste nerveux la puce dans son avant bras. Il est bien.. la douce chaleur du quai de métro.. Les bandes errent déjà sur le quai, circulant entre les voies ; les objectifs des caméras sont tous obturés d’une grosse tache de couleur rouge, la sécurité ne viendra pas de toute façon ; les gros chiens baveux à muselière de latex dorment paisiblement aux pieds de leurs maîtres en uniforme. Une douce musique se diffuse sur le quai, une de ces musiques qui vous apaisent l’âme.

Pourquoi n’a-t-il pas pris ce fiacre dont on le sait coutumier, on ne le sait pas.  Pourquoi n’a-t-il pas cédé à cet appel naturel des sens et de la raison?

Il ne saurait y avoir d’estime sans mesure.

Renoncer à ces plaisirs, mais c’est aussi pour le coup renoncer à sa propre estime de soi. L’estime de soi est conditionnée par l’estime des autres, c’est un comportement que nous voyons déjà à l’oeuvre de manière inconsciente chez le macaque. Estimer c’est mesurer et il ne saurait y avoir de mesure sans aune.

Ce qui est intéressant, ce qui constitue l’aune proprement dite, c’est la question de savoir pourquoi une chose est estimable et une autre non. Les critères qui déterminent l’estime vont varier d’une personne à l’autre. d’une époque à l’autre aussi. Il y aura toujours des constantes qu’on retrouvera pour ainsi dire universellement. La lâcheté est ainsi rarement estimée. Qualités purement humaines, “motifs profonds de l’humanité” : Parfois ce sont des aspects purement culturels qui vont entrer en jeu. Affichera-t-on tel signe extérieur, jugé infamant ou symptomatique d’une classe et ce sera le motif suffisant d’un rejet ou d’une mésestime. Drame quotidien de la misérable existence humaine. Certains se piquent d’autres valeurs allant jusqu’à parler d’éthique, et certains autres décidément étranges n’ont pas l’estime en grande estime.

Puis aussi : Il n’est pas question de valeurs, d’appréciations, mais de ressenti. Les êtres se sentent holistiquement. On sent de la personne l’essence. Plutôt une essence. L’essence, le motif ou plutôt l’accord d’un moment. On accorde crédit plus ou moins justifié à ces vagues impressions : Il y a des êtres qui pensent “C’est la première impression qui compte”. Cette idée est tellement répandu qu’elle constitue un des gimmick de l’identité culturel humaine : On s’y réfère. Je me souviens d’un écrivain, Koestler? qui vantait dans un de ces livres la “première impulsion” : Il se reprochait, se maudissait  de ne pas y avoir cédé plus souvent. Parfois on regrette d’avoir fait, parfois de n’avoir pas fait. Pour certains être c’est un des motifs qui gouverne leur vie de manière implacable : Ils s’y abandonnent par superstition, faiblesse. Je l’appelle “déterminisme de la personnalité”. Ne s’agit-il pas d’une illusion?

Les êtres ont un besoin infini de s’estimer, et pour s’estimer ils ont besoin d’être estimés. L’estime est un bien fragile. Comment est-ce que je me comporte avec quelqu’un pour lequel je n’ai pas une grande estime par exemple. Est-ce que j’accorde pas ou retire mon estime à la légère ? J’ai vu des être tomber malade, dépérir de mésestime. L’estime est une sorte de ciment de la société animale.


J’aime la jeunesse et Vladimir quand il écrit des poèmes

La jeune fille vient de tenter de se suicider, les pompiers sont là en train de la ranimer
Une dame dit “Quand je pense que cette petite sotte a  probablement tenté de mettre fin à ces jours pour une banale histoire d’amour..”, une autre répond “Il faut que jeunesse se fasse”.
Mais la jeunesse n’a pas le droit de s’avorter, c’est un crime.

Oh jeunesse je te pleure, jeunesse absente, jeunesse si tôt moribonde.
Oh je te pleure toi l’ami, toi l’amie que j’ai vu partir à l’abri des soucis.
Quelle idée. Vous n’aviez rien de poètes, rien d’artistes maudits.
Que vous a-t-il pris? Qu’aviez-vous pris?

Poutine
Appuies sur le bouton pour leur dire encore à quel point je les aime. Oui nom de Dieu. Je veux pouvoir encore les aimer un peu plus fort, j’aime aimer passionnément tu comprends. Non. J’aime leur faire du bien à mon image.

Moi
Je t’aime Vladimir, et je sais que tu aimes ton peuple. Mais tu n’aime pas la démocratie à la mode de chez nous. J’ai vu tes jésuites abdominaux, et je les ai trouvés gras et beaux. J’ai vu ta poitrine saillante au débusqué généreux, tu nageais dans un lac glacé, et l’idée m’est venue que peut-être n’avais-tu pas de projet réel pour ton peuple innombrable, que tu musèle pour un bien par toi supposé. J’ai vu la complaisance que tu mettais à apparaître en connivence avec le peuple que tu défends. Et ça me plait. Tu as de fortes couilles, nom de Dieu. Mais tu ne comprends rien au développement et à l’économie – que son nom soit trois fois sanctifié. Camarade.

Poutine
Tu as raison je dois étudier ça, camarade : Mais je suis mort peut-être, vois-tu. Je n’ai rien dans ma tête – je n’ai plus rien d’autre dans ma tête, que le vent glacé – ce vent glacé – qui souffle, souffle. Et l’eau comme dans un rêve y est fraîche comme l’absence de sentiments et un éclat de rire dans la neige pure : Je suis la mer de mon pays tu sais.

Moi
Oui, c’est ce qui me plait, je sais que tu aimes ton pays.

Poutine
Puis pour quand je pense à eux… – agissent positivement de manière ridicule – non mon sang ne fait qu’un tour. J’ai tellement de folie sur cette terre à présent que je ne vais pas mourir encore, non. Je ne veux plus être un foetus. Je ne veux plus renaître, nom de Dieu. J’aime comment vous occidentaux vous maintenez le peuple dans l’ignorance pour son bien. En ceci nous nous rejoignons : Un peuple, une nation n’a que faire de comprendre. Comprendre quoi? Et pourquoi surtout ! Pour se ronger les sang? Pour souffrir : Pour que l’esprit cesse d’être en paix? Apprends à l’âne à penser, et il regardera son bât d’un mauvais oeil, il ne supportera plus de tourner en rond dans la lumière. l’esprit tinte d’interrogations muettes qui ne sauraient trouver de réponses : Laissons les êtres en paix. Nous agissons dans leur intérêt : à chacun selon son mérite, et à chacun selon ses besoins oui bien sûr, telle est la bonne vulgate.


L’intimité d’une création littéraire

L’adolescent réfléchit, donnant des coups répétés avec son pied sur le muret de pierre.

- Le mal n’existe que s’il est pensé, par celui qui subit le mal, par celui qui l’inflige ou par un quelconque spectateur.

(oui)

Charlie attrapa un des gendarmes qui grouillaient par terre et entrepris de le démembrer.
Charlie attrape un des gendarmes qui grouillent par terre et entreprend de le démembrer,

Les drogues ne clarifient pas les idées. Mais les drogues rendent parfois lucides et ouvrent la fenêtre de l’âme.Du moins de nombreuses personnes connues l’ont dit.
J’ai sauté pas la fenêtre.

- Cet  insecte n’a de toute évidence pas conscience du mal que je suis en train de lui infliger. Mais est-ce mal de démembrer des insectes ?
- Je ne sais pas.. Pourquoi ferais-tu ça..

- Peut-être que ça me fait plaisir qu’il souffre. Et peut-être ne souffre-t-il pas. Peut-être n’est-ce qu’une sorte d’automate.  Parfois j’ai l’impression -la certitude même – que nous les humains ne sommes que des automates – Des automates d’une telle complexité que l’automatisme s’en trouve caché, masqué. Comme cette technique dont parle Heidegger. Non c’est sûr.. Les insectes ça ne souffre pas. Peut-être suis-je en train de me prouver quelque chose. Non, je cherche c’est tout..

On se souvient quelque part

Pensez-vous.. il a la tête dure. Vous savez. Ou vous pensez savoir.
Vous êtes sûre ?
Il reviendra bien assez tôt (il est passé par là) vous verrez.

De nos jours, la vie et la mort n’ont plus tout à fait la même importance qu’avant… Tout cela n’est qu’une affaire de perspective.

Je comprends.
Mon père a pris les comprimés hier comme ça sans dire un mot.

Mon père, dit “Tiens j’ai pris les comprimés”, puis il produit une sorte de rire en faisant rRRrrRRR RRrrr plusieurs fois. C’est une sorte de rire mécanique qui permet de rire même quand on ne rit pas au fond. C’est pratique sur le plan de la fonction phatique. Sauf quand le rRRrrRRR RRrrr énerve.

En fait, il attend que l’on dise : “Tu es fou, tu n’aurais pas du”, “Tu sais que”, alors après il répond, “mais non”.

Il avait comme qui dirait le cafard. Maintenant pour un petit cafard de rien du tout, on irait se faire pendre ailleurs, les gens ne savent plus vivre.

Il m’a dit comme ça “tu donneras ça à mon clone, ce sont mes dernières volontés, n’oublie pas le respect que tu lui dois c’est désormais ton père”. Mais ce n’est qu’un gamin, il n’a que vingt ans, vous vous rendez compte ? C’est un peu trop facile…

Je pourrai à ce compte être une sorte de tuteur pour mon jeune père. à ses yeux yeux déjà avertis je passerai pour une sorte de con. Prenant somme toute ses aises avec moi, il se laisserait aller à m’en conter. Mais je saurai lui dé-montrer le sens profond de la vie. Fruit de l’expérience et de la vie en partage.

- Quelle époque. Moi c’est mon mari qui veut le sien maintenant, mais je lui ai dit qu’on n’avait pas d’argent pour ça. Avec tous les gosses que j’ai. C’est impossible.  Parce que… Qui s’en occuperait ? Monsieur a la santé fragile alors je me méfie : Il n’a pas fait sa thérapie génique vous savez : Trop occupé à u-si-ner ses vers. Il m’a dit : “Tu verras, ce sera un poète, comme son double”. Mais ça reste quoi qu’on en dise une bouche à nourrir. Moi je ne suis pas sensible au mythe de la bohème, c’est dépassé  non? vous ne trouvez pas?

C’est vrai que quelque part c’est un luxe.

Et puis le clonage d’accord, mais pour cloner quoi, qui ? Un savant, un grand homme passe encore, mais lui ? quel intérêt? Je pense qu’il restera un abruti toutes ses vies.

Lui me dit : “Mais crois en moi! Nom de Dieu”

Que voulez-vous que je réponde à ça? J’ai de la tendresse bien sûr. Je plonge en pensée dans son regard clair et je m’y noie avec toujours autant de complaisance. Mais je ne peux m’empêcher d’être lucide, même au nom de toute la poésie du monde.

il a beau me dire que l’homme est le fruit de son milieu, jamais personne n’est sorti du lot dans sa famille comme dans la mienne. “Tu n’auras qu’à me mettre dans une grande école” qu’il me dit. Mais qui paiera ? Je n’ai pas de sou pour ça moi. Après tout, il a vécu sa vie.

il a tiré le mauvais numéro.


Un ensemble culturel cohérent

Il est devenu une sorte de jouet des techniques

Je suis moi aussi un joujou des techniques, je suis le jouet de l’évolution techno-culturelle. Les savoirs m’ont imprégné, je me suis nourri d’eux dans la mesure où ils ont accompagné ma construction, mon édification, que je m’inscrive en faux, que j’adhère ou que je tente de les oublier, je suis définitivement conditionné, coordonné, d’un temps déterminé. Qu’un élément de la chaîne disparaisse, ou s’altère au fil du rasoir du temps.. Qu’une allusion, une simple expression se corrompe, qu’un pattern, un simple motif de la belle tapisserie se déplace et me voilà pris de vertige. Oui je suis voué à l’oubli. Aucun érudit ne pourra m’exhumer et m’offrir un semblant de vie. me restituer dans un cadre de référence. Un ensemble culturel cohérent.

Certains patterns peuvent survivre plusieurs milliers d’années, j’en suis persuadé, tant sont forts et puissants la capacité et le goût qu’a l’homme pour la conservation de sa mémoire. Clichés culturels, Gimmicks qui parfois se transmettent alors même que la mémoire intime de leur signification s’est perdue. Des gestes, des mots, des références, des allusions tout simplement. Ou bien des Dieux. Mais pour quelques dieux au clavier bien tempéré, combien sont moribonds, combien ne sont devenus qu’objets de mémoire à la compréhension difficile.

 

La beauté est fragile

On ne brille pas qu’avec sa beauté, ses muscles ou son intelligence, toutes les occasions sont bonnes pour se mettre en valeur, et en retirer du plaisir.  Elles sont nombreuses ces opportunités de faire l’intéressant,  le beau… De se valoriser aux yeux et aux dépens d’autrui, de prendre comme qui dirait de l’ascendant. C’est un des côtés singes de l’homme. Certains, cabots sont. Oui mon Frère. Cabot sont : Au point de dire qu’ils ne dédaignent pas les honneurs. D’où vient, quelle est la source, l’origine , le motif de cet étrange et bien conventionnel plaisir? Une glande absconse  fait chier le monde quelque part dans mille et un cerveaux, un mécanisme ouah ouah. Il suffirait de prendre une drogue pour neutraliser ça probablement. Il y aurait des fous pour dire que l’homme ne serait plus vraiment l’homme.

 

Celui-ci perçoit

Qu’il s’exprime en société dans l’illusoire magie de l’instant, ou se manifeste dans l’intimité d’une chambre, ils sont nombreux parmi les hommes à se repasser en pensée les motifs de leur valeur, à jouir de l’image positive qu’ils parviennent à dégager d’eux même, ou au contraire à se morfondre de leur « dévaleur ». Qu’on la trouve – ou la cherche  – dans les regards, les mots, le comportement de cet autrui sans consistance. ou bien dans un prétendu soi même sur-identifié, dans un quant à soi béquillé qui parade sur la scène interne. Le besoin d’être assuré de sa propre valeur. Une question, une seule… Mère de tous les périls, de tous les malentendus puérils. Savoir où chaque être place sa valeur.
- Rien n’a de valeur en tant qu’objet sans marché qui serve d’écrin  > Sans homme instrument de mesure. D’où vient alors que l’homme puisse se trouver une valeur en soi, ne comptant qu’à ses yeux, comme si l’homme à lui seul constituait l’écrin et la perle… Le marché, le bien,  l’économie intérieure.

Combien suspecte et étrangement intentionnée que cette nécessité d’être conscient de sa propre valeur et de celle des autres, et de celle de toute chose.

Selon qu’on place cette valeur dans des leurres dépendant essentiellement du regard changeant de l’être animé,
Le respect de soi, la notion de sa propre valeur créée dans l’intimité de l’être dans des motifs ne dépendant que de celui-ci tout cela est une illusion. Notre notion de la valeur est bâtarde et consanguine par l’esprit.

- Vous êtes en train de me dire que je ne m’attribue pas assez de valeur. Mais la notion même de valeur m’apparait puérile.
- Vous êtes tout de suite sur la défensive.
- Mettez-vous une seule seconde à ma place et vous comprendrez. Mais vous ne pouvez pas. Vous ne connaissez pas votre chance. Voyez-vous, mon cher C, l’ensemble des arts partage ce mécanisme puissant de l’allusion, de la référence qui nous rend la culture si chère. Toute la pensée humaine n’est somme toute qu’un ensemble de mécanismes d’identification, d’appartenance et d’auto-référence.
- La catharsis, un douloureux climax basé sur une non moins douloureuse identification est la clé vivante de la culture.

- En  ayant ceci, on montre qu’on est, ou qu’on est de ceux là. Soit l’objet de l’identification est, où correspond à un objet du désir, alors la représentation que nous avons de notre identité colle avec ce à quoi nous souhaitons nous identifier et être identifiés ; soit au contraire l’objet possédé correspond à quelque chose avec lequel nous ne souhaitons pas être identifiés parce qu’il est est possédé en tant qu’objet de désir, de goût par des personnes avec lesquelles nous ne souhaitons pas être confondus.
- Je ne me pose pas ce genre de questions. Je ne veux pas me laisser enfermer par les objets et les références. Au fond je souhaite refuser de me cantonner à ma fonction d’humain. Pensément parlant.
(Je les observe. Ils ne tiennent pas à se singulariser, en tout cas ils ne sont pas prêts à prendre le risque de voir mal juger leur goût. Ils sont nécessairement suiveurs. Ils ne veulent pas être considérés comme différents quelque part. Cette pensée les effraie probablement, (comme je les comprends) d’être la proie naïve de la minorité bien-pensante).

- tut tut tut, je ne vous crois pas une seconde.

- Cette oeuvre est exceptionnelle. Elle vous révèle à soi même.
Vous passez – Nous passons – la majeure partie de l’existence à s’estimer, se soupeser, s’évaluer les uns les autres. À s’attribuer nous même une valeur. Une valeur qui fluctue plus ou moins avec le temps en fonction du caractère, des circonstances.
Tout cela est d’un enfantillage sans nom. Comme ces infantiles théories du complot..
- Vous parlez comme si vous vous placiez en pensée dans un espace éthéré, inaccessible à ce genre de mécanique d’enfant.  Mais il ne s’agit que d’un gentil mobile s’agitant au dessus de votre couche d’enfançon. Pourtant vous êtes un homme et je vous vois mal renoncer à ce genre de pratiques. Monsieur Z est en train d’inventer un nouveau langage théâtral. un nouveau langage de la narration.  C’est extraordinaire.

Je le confesse : Je ne m’empêche pas de juger les autres à l’aune de toutes les normes hypothétiques que je suis capable de façonner dans ma folie. Car quelques normes dont j’ai conscience, il en est toujours qui repousse comme herbe tenace, car je suis l’esclave parfait de mes pensées, comme tous mes frères humains. Mais aucun Dieu ne peut trouver son chemin jusqu’à l’intimité de ma conscience. Aucun homme ne trouve vraiment grâce à mes yeux : S’ils sont gros je les trouve trop gros, s’ils sont maigres je leur trouve de l’aigreur, s’ils sont intelligents je leur trouve la  tête bancale ou somme toute mal faite, s’ils ne m’inspirent rien ils me paraissent manquer d’inspiration. Chacun à un défaut que je m’efforce pour des motifs de survie inconsciente et irraisonnée de circonscrire.


Il travaille dans le neuromarketing

Plus j’y réfléchis plus cette notion même de créateur m’apparait suspecte, beaucoup trop imprégnée d’humain pour être propre à Dieu. Cette soudaine réhab de la création ex-nihilo par je ne sais quelle supra déité me parait plonger dans le délire absolu. Je croyais que nous en avions fini avec ce genre d’idées.

J’ai vu émerger l’idée progressivement. Au début les tenants de la nouvelle religion étaient minorés, comme tenus en respect, comment n’aurions-nous pas ri de cette poignée d’illuminée qui proclamait le retour du vrai Dieu. Puis insensiblement sans qu’on en mesure vraiment l’évolution, la nouvelle religion était devenue IN. Avec le recul, me vient parfois à l’idée que j’ai pu avoir une part de responsabilité dans ce qui est en train d’arriver.

Il y a de cela une vingtaine d’années, j’avais eu – grand naïf que j’étais – la certitude de trouver ma voie dans ce qu’on appelait à l’époque le “Webmarketing” : J’avais du réseau social plein la bouche et les doigts. Je passais les trois quarts de mon temps en mode connecté, et je me sentais vraiment heureux.  Mais je n’avais encore jamais entendu parler du neuromarketing. Quand j’ai découvert en quoi il consistait, j’ai compris que nous tenions là enfin la réunion salvatrice – ô combien attendue – de la science et du marketing. Bien sûr nous aurions toujours besoin des médias connectés, ils s’inséraient même parfaitement dans le nouvel ensemble : Ils constituaient – les humains l’avaient presque oublié – le bon vieux ressort permettant de toucher l’âme humaine. Tout ça en attendant l’univers connecté total que nous attendions tous fiévreusement.

 

Le neuromarketing  me semblait à ce moment de ma vie être la clé précieuse de l’être humain. Comprendre ce pourquoi l’homme aime, être capable d’analyser grâce à l’imagerie cérébrale en temps réel l’acceptance d’un sujet, sa propension à consommer. J’avais le sentiment quelque part de toucher au miracle de la vie. Je rêvais d’un consommateur dont j’aurais pu agiter les désirs et les reflux, comme une gentille marionnette…

Le miracle de l’adhésion à la rumeur divine. On a comme l’impression que l’homme soudain n’est plus un secret, qu’il se livre enfin dans sa nudité : Ces limites odieuses, ces frontières du corps s’effacent devant le miracle de la technologie. L’homme ne peut plus mentir, il ne peut plus se dérober, cela a quelque chose de merveilleux, d’indescriptible.

Dieu aussi était IN finalement…

Non Dien n’avait rien préparé pour ce singe d’humain. Cette notion de “méga plan de Dieu” de la nouvelle religion, n’est au final qu’une idée qui attribue à l’homme plus d’importance qu’il n’en a  (publicitairement en tout cas), comme la majeure partie des anciennes religions,  mais c’est tellement bon d’y penser, je comprends mes frères… Après tout, le marché absolu avait raison, je le comprends à présent, et je suis prêt à la repentance.

Non Dieu n’a rien planifié du tout.  Et le capitalisme est LA LOI, la seule loi qui vaille en ce monde. Mais ceux qu’on appelle “ultralibéraliste” avaient voulu nous faire croire qu’ils étaient les hérauts moderne du capitalisme : Mais il n’avaient en tête que l’oligopole de l’argent et de la puissance. Tandis que le capitalisme était le souffle de l’esprit, comme l’expliquait Arnheim dans l’homme sans qualité.  Comme si Dieu avait pu intégrer l’homme dans ses plans… C’est risible et d’une prétention incommensurable. Ce point de vue dénotait bien à mes  yeux la démesure, la folie des grandeurs de l’humain. Comment ces insectes que nous sommes ont pu imaginer une chose pareille?

Une alliance de circonstance?

Comme cette idée d’un Dieu faisant une alliance avec un peuple, comment s’imaginer même métaphoriquement que Dieu puisse se compromettre dans un quelconque marchandage…J’avais envie de méditer soudain.

L’état d’esprit, l’état physiologique dans lequel l’être parvient à se conditionner est la condition de l’efficacité de ses propres paroles, pensées et injonctions. Comme s’il se rendait réceptif à lui même et à ce qu’il  souhaite décrypter de ce monde qui l’environne. Il peut même parvenir à contrôler ses rêves. N’est-ce pas merveilleux?
Le monde du rêve n’échappe pas à notre volonté comme le pensent la plupart des êtres. Il suffit d’avoir accès à son inconscient et L’hypnose est l’une des voies – royales selon certains – qui en ouvre l’accès.
La première fois que j’ai eu cet accès direct à mon inconscient, je me le représentais comme ces homoncules qu’on voit dans les livres de médecine et qui donnent une recomposition du corps en fonction des organes sensoriels, plus la partie est riche en capteurs, plus grande est sa représentation, ainsi l’homoncule sensoriel à des mains énormes, des lèvres monstrueuses, et ainsi de suite, cela donne une représentation d’un homme complètement déformé, et je me disais que notre inconscient ne valorise pas les choses comme notre conscience à l’état de veille, ainsi des questions sur lesquelles on fait l’impasse dans notre vie quotidienne sont sur-représentées dans notre vie inconscientes, tels ou tels traits de notre caractères aussi : tout ce qui est refoulé trouve son expression. Parfois il m’est arrivé de me représenter mon inconscient comme une sorte d’être animé d’une vie propre qui agissait à mon insu, tapis dans le fond de ma conscience. Ce n’était pas vraiment un ami, plutôt quelqu’un qui profitait de mes absences pour prendre le contrôle de la maison « moi », en vertu d’un principe tel que « quand le chat n’est pas là les souris danse ».

 Oui mais pourtant toi – le moi conscient – qui est le plus fort, ton inconscient, Monsieur a beau détenir l’ensemble de tes secrets, il n’est qu’un enfant, est-ce que tu comprends ceci? Est-ce que je comprends ceci? Oui je me souviens, je l’ai surpris quelques fois, et toutes les fois que je l’ai observé, des moments fugaces, une, deux secondes, à la lisière d’un rêve, c’est moi enfant que j’ai aperçu. Et l’on ne doit pas se laisser gouverner par un enfant, quelques secrets qu’il aille en sa possession. Ses secrets, ces quant à soi, il nous appartient de les récupérer, de récupérer son dû en quelque sorte.

 


Il va chercher Dieu

Quand je m’éveillai IL était à mes côtés, me caressant le visage. Ça n’était pas désagréable.
- Comment ça va?
- Bien, je me sens mieux. J’ai l’impression d’avoir l’esprit vide.
- Après ce qui t’es arrivé, c’est le contraire qui serait étonnant.
- Oui.
- Alors qu’est-ce que tu vas faire maintenant?
- Je vais chercher Dieu.
- Dieu? Rien que ça? Et bien on peut dire que tu ne fais pas les choses à moitié toi.
- Il y a longtemps que j’avais envie de le faire. S’il existe vraiment, je finirai bien par le savoir.

IL ne croit pas à ma quête

Je vais déjà me laisser pousser la barbe. Ainsi je ressemblerai à un patriarche.

Je me faisais l’effet d’un moine des temps modernes…

L’idée du voyage à pied me fait penser irrésistiblement aux pérégrinations de François d’Assise, ou à Jacob Boehme. Ce voyage sera pour moi l’occasion d’entrer en communion avec la nature. Peut-être après tout moi aussi serai-je capable de parler avec les oiseaux. La route est longue, mais j’ai la chance d’être dans la bonne saison, il ne fait pas encore trop chaud. Je prends l’habitude de m’adresser à Dieu, un peu dans le même esprit que Saint Augustin dans ses confessions, si Dieu est là il m’entendra.

Je ne veux pas dire « mon Dieu » car en quoi pourrait-il être mien? En quoi pourrait-il d’ailleurs être le Dieu de mon père, ou des mes ancêtres, ou même de mon peuple.  Si Dieu existe il n’est le Dieu de personne en particulier : “il”  est forcément au dessus de ce genre de contingence, de même que Dieu n’a pas de nom propre. “Dieu” ne peut avoir de nom, qu’il s’agisse de Dieu, Yahvé, Elohim, Allah, ces noms là ont été inventés par des hommes pour des hommes, il ne peut en être autrement. Mais comment Dieu savait-il qu’on s’adresse à lui s’il n’a pas de nom, je me dis que tout simplement : il n’a pas besoin de ça, il doit suffire que notre esprit soit tendu vers lui, quelque idée qu’on se fasse de lui. Mais peut-être que la manière dont notre esprit se tend vers lui, l’idée qu’on se fait de lui conditionne la qualité de son attention à notre égard, peut-être que quand notre idée est plus juste ou plus proche de qu’il peut être ou souhaiter que nous soyons, il y a moins de distance entre lui et nous.

Une bien étrange dévotion

D’ailleurs les pronoms « il », « lui » n’ont pas de sens selon moi, si Dieu existe il ne peut certainement pas se réduire à un pronom, toute individualisation de Dieu ne traduit en définitive que l’incapacité de l’homme à circonscrire l’objet de sa dévotion. Plus je marche plus mon esprit est tourné vers « lui », comme si le chemin même que je parcourais était la métaphore du parcours qui me mènerait jusqu’à “Lui”. Quelque part je me sens comme dans une sorte road-movie divin, je me disais qu’il ne peut m’arriver que de bonnes choses dans cette histoire, même si ma logique ne voit pas en quoi la quête de Dieu pourrait être liée à de bonnes choses. Il y a des êtres qui disent que nous devons renoncer à notre logique. Que sous des apparence d’intelligence de la vie, celle-ci ne fait que nous égarer dans les méandres de ses subtilités dialectiques. Mais ceux qui abdiquent la raison me font peur.

D’après certains, il est ridicule d’affirmer que “Dieu” s’il existe se situe bien au delà du bien et du mal, trop d’êtres humains ont réfléchi à cette question. Pour d’autres, certaines questions restent nécessairement d’actualité et ceux qui en font l’impasse cèdent aux mirages de la culture. Peut-être même que ce que les hommes appellent le mal, ce n’est somme toute que ce qui éloigne notre esprit de Dieu, ce qui fait que l’instrument que nous sommes ne vibre plus à l’unisson du créateur supposé. Comme si le mal n’était au bout du compte que tout ce qui ramenait l’homme vers l’homme,l’empêchait de voir plus loin que le bout de son nez.


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